16 février 2008
Dead End, la route est longue
Je suis tombé un peu par hasard sur Dead End et parfois, il fait bien les choses, le hasard, ce con. Ca faisait un moment que je n’avais pas ri aussi grassement devant un film, le genre de rire bien franc, qui te sors du bas du ventre. Bon on ne peut pas dire que ce soit une comédie pour autant, c’est à ranger du côté des films de genre, les vrais. Mais il y a des répliques et des situations furieusement hilarantes et ça, c’est bien. Et en fait le concept est tellement simple que c’est à se demander si ça ne tient pas du génie, carrément. Jugez plutôt : papa, maman, fiston (16, 17 ans), fifille (à peu près du même âge) et son petit ami, tous dans la bagnole en direction de chez la grand-mère pour fêter noël, la nuit, une route, des événement bizarres. Voilà ce qu’est Dead End. Ca aurait pu être super mauvais, mais c’est super bon. C’est drôle donc, déjà d’une, drôle parce qu’en fin de compte c’est une satire de la vie familiale où l’on va tous se reconnaître ou reconnaître quelqu’un dans une réplique par-ci par-là, drôle parce que certaines situations le veulent (« regarde chérie j’ai dessiné Brad ») et drôle parce qu’on prend beaucoup de plaisir à les voir péter les plombs un à un.
Mais ce n’est pas que du rire, c’est aussi du suspense inquiétant, angoissant, avec en prime un délire à la David Lynch qui débarque petit à petit et qui te fais bizarre dans le cerveau (dans l’esprit de Mullholand Drive mais en moins euh… bizarre ?). Ouaip, c’est ça Dead End. Et en plus vous savez quoi ? Les acteurs sont vraiment bons, fallait mieux vu qu’ils ne sont pas beaucoup, sinon ça se serait vu... Et devinez quoi, en plus, y a même des trouvailles de mises en scène vraiment géniales, comme ces fois où la famille regarde un corps dans le fossé et que la caméra est posé juste au dessus du cadavre, pointé en direction de la famille… Tout est dans la suggestion, dans le regard des acteurs, dans la situation, j’ai trop kiffé ma bonne dame ! Et malgré toutes ces qualités remarquables Dead End n’est jamais sorti en salles en France, scandaleux. Pire, il a été écrit et réalisé par deux français, Jean-Baptiste Andrea et Fabrice Canepa, qui à la suite des multiples vestes filées par les producteurs de notre beau pays se sont barrés aux Etats-Unis pour tourner le projet (en anglais), il est beau le cinoche franchaoui ! Ah quand c’est pas une comédie romantique à deux balles où une comédie familiale à casting y a plus personne pour investir hein, couilles molles.
09 février 2008
Cloverfield, batterie longue durée
Cloverfield c’est avant tout un buzz incroyable sur internet. Un buzz parfaitement agencé et maîtrisé par son producteur J.J Abrams, déjà bien rôdé à ce genre de procédé avec son bébé précédent, la série Lost…
Quand Godzilla rencontre Le Projet Blair Witch
La genèse de Cloverfield a commencé alors que J.J Abrams était en pleine promotion de Mission Impossible 3 (dont il était le réalisateur) au Japon. Il accompagnait son fils dans une boutique de jouet et fut hyper surprit par l’étalage de répliques de Godzilla partout dans le magasin. Là-bas, le célèbre monstre est une icône, il symbolise la peur dans l’imaginaire collectif japonais. C’est sur ce constat qu’Abrams s’est dit « hé ben nous on a pas d’icône du genre alors hé ben je vais en créer une, et paf ! ». Cloverfield était né. Bon je n’ai pas l’habitude de partir dans des réflexions métaphysiques comme un critique pseudo intellectuel à deux sous, mais à l’époque Godzilla symbolisait métaphoriquement la peur du bombardement, d’Hiroshima. Et là où Cloverfield fait fort vis-à-vis du public américain c’est que justement le film est lui aussi une métaphore, celle de la peur des attentats, du 11 septembre. « Qu’est-ce que c’est ? Des terroristes ? » balance une voix dans la panique générale alors que la tête de la statue de la liberté n’est plus qu’un souvenir… Si l’intrigue du long métrage se déroule à New York ce n’est pas un hasard, on se surprend sur certains plans à se dire qu’ils renvoient directement aux nombreuses images des attentats que l’on a tous vus à la télé.
L’autre belle idée c’est celle de filmer presque intégralement à l’aide d’une handy-cam (un caméscope quoi), en intégrant parfaitement ce fait au scénario. Cloverfield part calmement, le temps de poser les personnages, alors que tout un groupe d’amis organise une teuf pour Rob qui doit bientôt partir vivre au Japon (tiens tiens, revoilà le Japon…). Son meilleur copain immortalise donc la fête à l’aide d’un caméscope en enregistrant les messages souvenirs des gens présents, puis survient un gigantesque tremblement qui surprend, puis une explosion, puis deux, puis la panique. Et nous voilà à suivre la tentative de survie d’un petit groupe d’amis au beau milieu d’un New York assiégé par… quelque chose… un truc immense et méchant dont on ignore tout et dont au final, on ne saura jamais vraiment quelque chose de concret. Ce côté caméscope nous plonge véritablement au cœur de l’action, nous immerge avec les personnages comme si nous étions avec eux, comme si c’était nous qui filmions avec notre caméscope et ça, c’est bien.
Paradoxe
Le film repose vraiment sur la handy-cam, tout son suspense, son angoisse (on a jamais vraiment peur mais l’angoisse est palpable par moment), son empathie pour les personnages, tout vient du fait que ce soit filmé comme ça l’est. Sans ça Cloverfield serait sûrement un bête film de monstre sans intérêt tout comme Le Projet Blair Witch ne serait qu’un film raté s’il n’utilisait pas le même procédé. Tout a été construit autour de l’effet caméscope et ça se sent. Pour autant c’est un véritable exercice de style réalisé par Matt Reeves (le réalisateur, donc) qui a tout fait pour que le tout ressemble à une sorte de documentaire géant, à une sorte de tranche de vie, plus qu’à un scénario rocambolesque narré au détour d’une mise en scène utilisant 5 hélicoptères et 34 grues et préparé au millimètre. Et pourtant on devine le travail de titan qu’il a fallut pour faire ça, pour donner cette illusion de simplicité, de spontanéité, moi je tire mon chapeau aussi bien au réalisateur qu’aux mecs chargés des effets spéciaux qui sont à la fois discrets et convaincants. Et ils se payent même le luxe de placer des références cinématographiques qui vont de La Guerre des Mondes (la scène du pont) à New York 1997 (la tête de la statue de la liberté en hommage à l’affiche originale du film de Carpenter)…
Cloverfield c’est une putain de grosse machine hollywoodienne dans un vrai faux emballage indépendant et c’est assez fort. C’est un paradoxe, du grand spectacle avec très peu d’effets spéciaux, un rendu spontané où tout a pourtant été préparé à la poussière près jusque dans le casting. Ce n’est pas un hasard si les acteurs (tous bons d’ailleurs) sont tous d’illustres inconnus du grand public, c’est pour que tout le monde puisse s’identifier à eux (procédé déjà utilisé dans Lost). Immersif.
Je ne vais pas vous parler du monstre, de son aspect, histoire de préserver le secret que J.J Abrams a si bien su orchestrer, juste dire pour ceux qui se demanderaient, oui on le voit dans le film. Furtivement le plus souvent histoire de garder une part de mystère, d’angoisse, puis de front et pourtant malgré ce fait, tout reste mystérieux à son sujet. Vous en saurez presque autant sur lui en sortant de la salle de ciné qu’en y entrant, d’où il vient, qu’est-ce que c’est, pour quelles raisons ? On est comme les personnages du film, on ne sait pas, on subit. Comme on subirait si ça arrivait en vrai, on serait à la merci des médias, de ce qu’on veut bien nous dire et au final surtout de ce qu’on voit de nos propres yeux, là, au détour d’un immeuble, par l’intermédiaire d’une ombre, d’un bruit inquiétant…
Anecdotes à la con sur Cloverfield :
- Cloverfield n’a aucune bande originale, fait rare. Et ça ne choque pas du tout. Il y a juste un thème à la toute fin du générique parait-il (je suis parti avant de l’entendre… le générique de fin est d’ailleurs totalement silencieux, c’est assez bizarre de quitter une salle bondée dans un silence de cathédrale).
- Le titre « Cloverfield » (« champ de trèfles » en anglais) n’a absolument aucune signification sur le film en lui-même, c’était juste un nom de code que ses créateurs lui ont attribués lorsqu’ils n’avaient pas encore choisit son titre. Puis le teasing commençant à se faire sur la toile au nom de « Cloverfield », ils ont décidés de le garder.
- T.J Miller, l’acteur tenant la caméra durant quasi tout le film a vraiment tenu la caméra pendant quasi tout le film... Lorsque c’était un caméraman qui le remplaçait pour des raisons techniques, il devait s’habiller avec le costume de T.J Miller qui lui se tenait juste derrière pour faire des commentaires en voix off.
- Le secret autour du long métrage était tellement bien gardé que Lizzy Caplan (Marlena), comme le reste des acteurs, ne savait pas pour quoi elle auditionnait lors du casting. Elle pensait que c’était une comédie romantique et elle a été prise en lisant une scène d’un script de la série Alias… Les acteurs ont pu lire le vrai script seulement après avoir signé un contrat…
- Faites gaffe au SPOILER => Dans la toute dernière scène de Coney Island, quand la caméra regarde vers l’océan, il parait que l’on peut distinguer au loin quelque chose qui tombe dans l’eau…
- Cloverfield chez votre meilleur ami.
27 janvier 2008
Braindead, ça gîcle
Ca fait un moment que j'ai envie de partager mes goûts en matière de cinéma, pour le fun, de façon totalement désorganisée, du coup avoir un blog, c'est pratique. Donc sous le titre de rubrique [Allez chercher le popcorn] hé ben vous aurez droit à des petites chroniques de films que personnellement moi-même j'avions bien aimé, anciens comme récents. Il est probable que je fasse de même pour des séries-télé ainsi que pour des bande dessinée dans un proche avenir. Par contre pour ce qui est du jeu vidéo je le fais déjà de façon plus "carré" chez Polygamer.com (en lien sur votre gauche) donc hein, j'vais pas me répéter non plus.
Bref, aujourd'hui, ôde à Braindead de Peter Jackson :
Bien avant le Seigneur des Anneaux et après Bad Taste et Meet the Feebles, Peter Jackson est entré dans le petit cercle des réalisateurs cultes grâce à un certain Braindead. Il prouva au monde entier qu’il est définitivement capable de filmer avec brio n’importe quoi, même avec trois bouts de ficelles et sans jamais trop sombrer dans le ridicule.
Il faut tondre
Les effets spéciaux peuvent parfois, aujourd’hui, paraître un peu kitch mais il faut reconnaître que pour le début des années 90 c’était assez phénoménal. Preuve en est Braindead a obtenu le Grand Prix du festival des films fantastiques d’Avoriaz en 93 (une référence à cette période), pas d’la merde. Et puis ça reste totalement dans le ton que ça soit pour le singe-rat brièvement animé ou la mère abusive version boss de fin (à mourir de rire). Braindead a d’ailleurs dû être un vrai défi pour Peter Jackson étant donné le peu de moyens qu’il avait à disposition, en voyant ce qu’il a pu faire avec trois bouts de ficelle (et du faux sang, plein) on comprend qu’il a toujours cru pouvoir réaliser Le Seigneur des Anneaux avec l’ambition et le talent que le grand public et les grandes maisons de production lui reconnaissent depuis. Un film définitivement culte.
Anecdotes à la con sur Braindead
- La scène de la tondeuse a nécessité plus de 300 litres de faux sang à raison de 6 litres pompés par seconde… Ca en fait littéralement le « film le plus gore de l’histoire »
- Le film a été achevé avec un budget de moins de 45 000 dollars néo-zélandais (moins de 23 500 euros… moins de 155 000 francs quoi).
- Peter Jackson fabriqua son propre système de steadicam (dispositif permettant au réalisateur de courir et/ou de faire de grands mouvements en gardant une image stable) pour Braindead. Le manque d’argent pousse définitivement à se creuser le ciboulot.
- Braindead chez votre meilleur ami.


