Petits meurtres entre internautes

J'ai tué le temps, vous êtes complices.

09 février 2008

Cloverfield, batterie longue durée

Cloverfield c’est avant tout un buzz incroyable sur internet. Un buzz parfaitement agencé et maîtrisé par son producteur J.J Abrams, déjà bien rôdé à ce genre de procédé avec son bébé précédent, la série Lost

Quand Godzilla rencontre Le Projet Blair Witch

La genèse de Cloverfield a commencé alors que J.J Abrams était en pleine promotion de Mission Impossible 3 (dont il était le réalisateur) au Japon. Il accompagnait son fils dans une boutique de jouet et fut hyper surprit par l’étalage de répliques de Godzilla partout dans le magasin. Là-bas, le célèbre monstre est une icône, il symbolise la peur dans l’imaginaire collectif japonais. C’est sur ce constat qu’Abrams s’est dit « hé ben nous on a pas d’icône du genre alors hé ben je vais en créer une, et paf ! ». Cloverfield était né. Bon je n’ai pas l’habitude de partir dans des réflexions métaphysiques comme un critique pseudo intellectuel à deux sous, mais à l’époque Godzilla symbolisait métaphoriquement la peur du bombardement, d’Hiroshima. Et là où Cloverfield fait fort vis-à-vis du public américain c’est que justement le film est lui aussi une métaphore, celle de la peur des attentats, du 11 septembre. « Qu’est-ce que c’est ? Des terroristes ? » balance une voix dans la panique générale alors que la tête de la statue de la liberté n’est plus qu’un souvenir… Si l’intrigue du long métrage se déroule à New York ce n’est pas un hasard, on se surprend sur certains plans à se dire qu’ils renvoient directement aux nombreuses images des attentats que l’on a tous vus à la télé.

L’autre belle idée c’est celle de filmer presque intégralement à l’aide d’une handy-cam (un caméscope quoi), en intégrant parfaitement ce fait au scénario. Cloverfield part calmement, le temps de poser les personnages, alors que tout un groupe d’amis organise une teuf pour Rob qui doit bientôt partir vivre au Japon (tiens tiens, revoilà le Japon…). Son meilleur copain immortalise donc la fête à l’aide d’un caméscope en enregistrant les messages souvenirs des gens présents, puis survient un gigantesque tremblement qui surprend, puis une explosion, puis deux, puis la panique. Et nous voilà à suivre la tentative de survie d’un petit groupe d’amis au beau milieu d’un New York assiégé par… quelque chose… un truc immense et méchant dont on ignore tout et dont au final, on ne saura jamais vraiment quelque chose de concret. Ce côté caméscope nous plonge véritablement au cœur de l’action, nous immerge avec les personnages comme si nous étions avec eux, comme si c’était nous qui filmions avec notre caméscope et ça, c’est bien.

Paradoxe

Le film repose vraiment sur la handy-cam, tout son suspense, son angoisse (on a jamais vraiment peur mais l’angoisse est palpable par moment), son empathie pour les personnages, tout vient du fait que ce soit filmé comme ça l’est. Sans ça Cloverfield serait sûrement un bête film de monstre sans intérêt tout comme Le Projet Blair Witch ne serait qu’un film raté s’il n’utilisait pas le même procédé. Tout a été construit autour de l’effet caméscope et ça se sent. Pour autant c’est un véritable exercice de style réalisé par Matt Reeves (le réalisateur, donc) qui a tout fait pour que le tout ressemble à une sorte de documentaire géant, à une sorte de tranche de vie, plus qu’à un scénario rocambolesque narré au détour d’une mise en scène utilisant 5 hélicoptères et 34 grues et préparé au millimètre. Et pourtant on devine le travail de titan qu’il a fallut pour faire ça, pour donner cette illusion de simplicité, de spontanéité, moi je tire mon chapeau aussi bien au réalisateur qu’aux mecs chargés des effets spéciaux qui sont à la fois discrets et convaincants. Et ils se payent même le luxe de placer des références cinématographiques qui vont de La Guerre des Mondes (la scène du pont) à New York 1997 (la tête de la statue de la liberté en hommage à l’affiche originale du film de Carpenter)…

Cloverfield c’est une putain de grosse machine hollywoodienne dans un vrai faux emballage indépendant et c’est assez fort. C’est un paradoxe, du grand spectacle avec très peu d’effets spéciaux, un rendu spontané où tout a pourtant été préparé à la poussière près jusque dans le casting. Ce n’est pas un hasard si les acteurs (tous bons d’ailleurs) sont tous d’illustres inconnus du grand public, c’est pour que tout le monde puisse s’identifier à eux (procédé déjà utilisé dans Lost). Immersif.
Je ne vais pas vous parler du monstre, de son aspect, histoire de préserver le secret que J.J Abrams a si bien su orchestrer, juste dire pour ceux qui se demanderaient, oui on le voit dans le film. Furtivement le plus souvent histoire de garder une part de mystère, d’angoisse, puis de front et pourtant malgré ce fait, tout reste mystérieux à son sujet. Vous en saurez presque autant sur lui en sortant de la salle de ciné qu’en y entrant, d’où il vient, qu’est-ce que c’est, pour quelles raisons ? On est comme les personnages du film, on ne sait pas, on subit. Comme on subirait si ça arrivait en vrai, on serait à la merci des médias, de ce qu’on veut bien nous dire et au final surtout de ce qu’on voit de nos propres yeux, là, au détour d’un immeuble, par l’intermédiaire d’une ombre, d’un bruit inquiétant…

Anecdotes à la con sur Cloverfield :

  • Cloverfield n’a aucune bande originale, fait rare. Et ça ne choque pas du tout. Il y a juste un thème à la toute fin du générique parait-il (je suis parti avant de l’entendre… le générique de fin est d’ailleurs totalement silencieux, c’est assez bizarre de quitter une salle bondée dans un silence de cathédrale).
  • Le titre « Cloverfield » (« champ de trèfles » en anglais) n’a absolument aucune signification sur le film en lui-même, c’était juste un nom de code que ses créateurs lui ont attribués lorsqu’ils n’avaient pas encore choisit son titre. Puis le teasing commençant à se faire sur la toile au nom de « Cloverfield », ils ont décidés de le garder.
  • T.J Miller, l’acteur tenant la caméra durant quasi tout le film a vraiment tenu la caméra pendant quasi tout le film... Lorsque c’était un caméraman qui le remplaçait pour des raisons techniques, il devait s’habiller avec le costume de T.J Miller qui lui se tenait juste derrière pour faire des commentaires en voix off.
  • Le secret autour du long métrage était tellement bien gardé que Lizzy Caplan (Marlena), comme le reste des acteurs, ne savait pas pour quoi elle auditionnait lors du casting. Elle pensait que c’était une comédie romantique et elle a été prise en lisant une scène d’un script de la série Alias… Les acteurs ont pu lire le vrai script seulement après avoir signé un contrat…
  • Faites gaffe au SPOILER => Dans la toute dernière scène de Coney Island, quand la caméra regarde vers l’océan, il parait que l’on peut distinguer au loin quelque chose qui tombe dans l’eau…
  • Cloverfield chez votre meilleur ami.

K.mi a bien niqué le temps à 22:34 - Allez chercher le popcorn - Permalien [#]