Petits meurtres entre internautes

J'ai tué le temps, vous êtes complices.

07 février 2008

Dexter (saison 1), serial killer de serial killers

Les séries policières on s’en mange à tour de bras depuis des années. Rares sont celles qui arrivent à se démarquer et à ne pas nous lasser, nous les moins de 70 ans, au bout de 3 épisodes. Octobre 2006, Dexter débarque sur les télés américaines et Dexter fait parti de ces exceptions…

Double jeu

Le pitch de Dexter tient en quelques mots et ces quelques mots suffisent à donner un bon coup de latte dans le merdier, jugez plutôt : « Dexter Morgan est un brillant expert en prélèvement sanguin pour la police de Miami, le jour. La nuit c’est un serial killer… » Ca déchire pas ça comme idée sans déconner ? C’est pas un bon concept ?
Le côté enquête policière est assez classique, ça peut faire penser aux Experts puisqu’on assiste à des prélèvements, des analyses et ce genre de trucs et non pas à des descentes et des fusillades. Mais ce n’est vraiment pas ce qui fait la série, c’est même presque anecdotique, ça nous permet surtout de découvrir un peu les personnages secondaires (presque tous collègues de Dexter) et la « couverture  sociale» de notre ami. Ce qui fait la série c’est l’étrange besoin de tuer de son personnage principal. Un besoin qu’il a ressenti dès son plus jeune âge et dont son père adoptif (aujourd’hui mort), ancien flic et le seul à connaître le secret, lui a appris non pas à le maîtriser (c’est visiblement impossible) mais à s’en servir pour faire de « bonnes choses ». On découvre via quelques flashbacks réguliers cet apprentissage qui lui permet aujourd’hui de s’intégrer parmi les gens comme quelqu’un de tout à fait normal et de tuer en ne laissant aucune trace, aucune preuve. Tuer oui, mais tuer des gens qui le méritent, jamais des innocents, un genre d’orientation de ses pulsions meurtrières. Ainsi Dexter s’en prend à des tueurs, violeurs et autres qui eux ne font pas de détails et qui passent à travers les mailles du filet de la justice… Une sorte de Robin des bois du meurtre… Résumons, le jour Dexter analyse les projections sanguines des scènes de crimes et permet ainsi à la police de Miami de traquer les assassins, la nuit il assassine des criminels, sans ne laisser aucune trace, pour assouvir un besoin inexplicable et inavouable. Un double jeu plutôt culotté qui lui permet d’être à la fois un bon expert criminel qui se trompe rarement (normal il pense comme un criminel) et un serial killer impossible à démasquer (normal il pense comme un expert criminel).

Le néant à l’intérieur

Vous l’imaginez, Dexter n’est pas vraiment quelqu’un comme les autres. En apparence et pour la totalité de son entourage, y compris sa propre sœur (qui est flic également et qui est en fait sa sœur adoptive puisqu’il a été adopté), c’est quelqu’un de tout à fait banal, mais dans sa tête Dexter sait qu’il ne l’est pas. Le spectateur assiste aux pensées du personnage via un système de voix off, on découvre ainsi qu’il est incapable de ressentir quelconque émotion. Aucune. Ni amour, ni pitié, ni haine, ni joie, ni compassion, pour personne. Il fait donc semblant, pour tout. Dans le seul et unique but de se fondre dans la masse, de s’intégrer, comme son père de substitution lui a apprit, pour qu’il puisse vivre comme les autres. Même avec sa jolie petite amie il fait semblant. Il n’est pas néfaste pour autant, il essaye du mieux qu’il peut de faire plaisir à ses proches et d’apprécier autant qu’il peut leur compagnie, mais dans le fond ça lui est impossible. Il ne ressent rien, le néant. Le seul et unique besoin profond qui l’habite est celui de tuer. Ce contexte laisse place à quelques situations plutôt amusantes, notamment une où il demande un conseil de couple « normal » à un mari et à sa femme (meurtriers) qu’il s’apprête à descendre… L’humour, relativement noir, est présent même si la série est à ranger du côté du thriller, du drame.

Tout au long de cette première saison l’équipe de flics traque un serial killer qu’ils surnomment « le tueur de glace ». Il découpe ses victimes en ayant prit soin avant de les vider de leur sang, aucune empreinte ne traîne, rien. Du vrai travail de pro qui force l’admiration de Dexter. Une admiration qui deviendra assez vite un secret d’autant plus lourd que le tueur de glace est au courant de celui de Dexter (de secret). Il visite l’appart’ de notre héros quand il n’est pas là et lui laisse des sortes d’indices, comme s’il voulait jouer à chat. Cette situation deviendra parfois très embarrassante pour lui au point de risquer de se faire démasquer par ses collègues…
Pour éviter de faire en sorte que les spectateurs aient des sentiments aussi vides que Dexter vis-à-vis des personnages secondaires, il arrive que l’on suive diverses petites intrigues pour chacun d’eux à commencer par Debra Morgan, la sœur, qui au début de la saison rentre enfin à la criminelle, son rêve, avec un certain talent mais non sans difficulté (heureusement le frangin et son « don » est là pour aider sur les enquêtes). Les autres sont le lieutenant Maria Laguerta qui semble en pincer pour notre ami et qui ne peut pas saquer Debra, le sergent Doakes qui lui ne peut pas saquer Dexter et qui se retrouve coéquipier de Debra, Angel qui semble considérer Dex comme un de ses meilleurs potes (qui lui ne comprend pas pourquoi, forcément il ne ressent rien), Masuka qui passe le plus inaperçu sauf pour faire des blagues de cul et enfin Rita, la petite amie, mère de deux enfants, qui n’est pas du tout flic. Chacune des interprétations est bonne, chaque acteur fait très bien son métier mais le talent le plus en avant est évidemment celui de Michael C. Hall (Dexter) que l’on a déjà pu voir dans l’un des rôles principaux de Six Feet Under. La mort lui colle visiblement à la peau, et ça lui va plutôt bien. Mention spéciale à Jennifer Carpenter dans le rôle de Debra, probablement le personnage secondaire le plus attachant.

Anecdotes à la con sur Dexter

  • La série est une adaptation d’un roman de Jeff Lindsay, Ce cher Dexter, que je n’ai pas lu et qu’il m’est donc impossible de comparer aux épisodes télé.
  • Dexter chez votre meilleur ami.

K.mi a bien niqué le temps à 17:50 - Dans le sofa - Permalien [#]