26 décembre 2007
[Les chroniques de l'impossible] Les aberrations du langage moderne
Y a un truc qui me gonfle particulièrement quand je lis
toutes sortes d’articles sur le net ou dans la presse, ou même en dialoguant
sur MSN (ouais j’ai MSN, je vous emmerde avec votre ICQ et votre Jabber et
votre Yahoo Messenger et toutes ces sortes de choses) c’est une certaine utilisation du langage, des mots, des
façons de parler à la con. Bon je ne suis pas un fervent défenseur de la langue
française genre académicien hein, c’est juste qu’il y a des sortes de tic dans
la façon d’écrire des gens d’aujourd’hui qui me donnent envie de leur rire au
nez, et ouais carrément ouuuuh.
On va commencer par le mélange bizarre français/anglais
parce que c’est le plus répandu. Déjà il y a ceux qui s’obstinent à vouloir
tout franciser comme des cons, comme si ça devenait plus compréhensible. On
voit ça souvent dans les sous titres de films ou dans l’informatique. Par
exemple « e-mail » dans certaines bouches va devenir « courriel »…
Sans déconner, « courriel ». Comme si on ne pouvait pas comprendre ce
que c’est qu’un « e-mail » sans le traduire littéralement et qu’on
avait donc obligatoirement besoin de mettre du français là-dedans. T’as reçu
mon courriel ? Putain tu me fais pitié avec ton courriel oui ! Est-ce
qu’on traduit « parking » par exemple ? Hé regarde là, y a une
place libre dans le « parc de stationnement de véhicules ». Nan on
garde « parking » et tout le monde comprend. Alors pourquoi pour
« e-mail » ça ne serait pas pareil ? Pourquoi y a des abrutis
qui appellent ça « courriel » ? Mystère. C’est le langage
moderne. En plus ça fait tapette de dire « courriel » hé. Dans le
sens inverse il y a ceux qui passent leur temps à traduire des mots français en
anglais en plein dans une phrase, sans prévenir, alors qu’ils parlent à un
autre français. Je vois ça quasi à chaque fois quand je discute avec des gens
qui bossent dans la communication ou ce style de boîtes
jeunes-dynamiques coupe-de-cheveux-désinvolte mais-fait-exprès. Par exemple une
personne normale avant de vous envoyer un fichier va vous dire « je
t’envoies ça tout de suite », une personne qui bosse dans la communication
va vous dire « je te send ça now »… Pour dire qu’ils ont plein de
taff au lieu de lancer un « je suis blindé » ils vont sortir un
« je suis full ». « Je t’appelles » devient « je te
call » et y en a encore plein comme ça que j’ai remarqué et qui me donne
envie de les frapper. Si la façon de parler de Jean-Claude Van Damme vous fait
marrer, allez donc côtoyer des jeunes cadres dynamiques ça va fortement vous
amuser. Le pire c’est que Van Damme ça peut se comprendre du fait qu’il vive
aux Etats-Unis (aux States pardon) depuis des années, mais nos cadres
dynamiques eux c’est à peine s’ils y ont déjà foutu les pieds… « Je suis
trop full, je te send ça et je te call, bye. » Quoi qu’est-ce t’as
dis ? T’as pris de la coke ou quoi ? Nan mais retire ce que tu viens
de dire tout de suite hein sinon je te mets la tête dans les chiottes moi, ça
va pas traîner.
Le franglais débile on le trouve aussi chez les chanteurs de
zouk/ragga/R’n’B français. Pour vous donner du concret j’ai cherché un exemple
dans les méandres des lyrics de ces crooners du futur, au péril de ma vie.
Ainsi j’ai trouvé « Princess » (rien que le nom de la chanson donne
le ton) du groupe NHZ. Je m’engage d’ailleurs à ne pas me moquer de leur
dégaine même si c’est dur, je vais juste vous balancer quelques extraits de
leur fantastique chanson qui se suffiront à eux même : « J’ai
trop de respect pour toi pour te faire de la peine oh princess »
(prononcer « pwine-cesse »), « Je serai toujours là pour toi, te
garder près de moi, mon coeur s’envole my love », « Oh my baby je
t’aime mais c’est ma plume qui te l’écrit. Oh my baby
désormais c’est mon coeur qui te le dis. Oh my baby oh
my baby », « My pwin-cesse tu es mienne, je veux pas que tu t’en
aille, tu dis die die je ne pourrais te dire bye bye », « My pwin-cesse
tu es mienne, je veux pas que tu t’en aille, viens baby on fly ». P’tain
j’ai même pas besoin de faire de vannes derrière ça !
Dans les vices de langage moderne qui me sortent par les
trous de nez il y a bien entendu le langage SMS mais c’est tellement évident
que je ne vais même pas m’étaler là-dessus. Cette habitude que certaines
personnes ont de se croire dans leur putain de téléphone dès qu’ils écrivent
avec un clavier mériterait des dizaines de pages d’insultes et de menaces de
mort (j'suis violent n'est-ce pas ?). Et comme j’suis quelqu’un de jamais grossier, comme vous avez déjà pu
vous en rendre compte cons comme vous êtes, je vais me retenir. Il y a par
contre des trucs, à l’écrit bien souvent, qui me gonflent à mort et qu’on
retrouve chez énormément de monde, y compris parfois chez moi-même, ce qui est
un comble. Par exemple dire « genre » c’est très courant en ce moment
et ça m’énerve. Et le pire c’est que je le fais très souvent dans mes articles,
même dans celui-là, j’ai qu’à me relire pour en trouver un j’suis sûr… Ben
tiens voir plus haut « je ne suis pas un fervent défenseur de la langue
française genre académicien hein », putain de bordel je vais devoir me faire mal khfeg
afhgefghaf ahgfgeaf (désolé, j’étais en train de me taper la tête contre le
clavier).
De toutes façons ceux qui écrivent des articles à longueur
de journées, comme moi, ce sont forcément des gros cons. Ils passent leur temps
à reprendre des espèces de gimmick pourraves pour donner un peu de couleur à
leur article. Dans la presse/internet jeux vidéo qui se la joue « je parle
avec un truc dans le trou des fesses parce que ça fait plus sérieux, tu
comprends » on retrouve très souvent des expressions dignes de beaux abrutis
qui ne savent pas quoi dire, par exemple « de bonne facture ».
« Oui euuuuuh blablabla blablabla et des graphismes de bonne
facture ». Le truc complètement usé. Vous avez déjà vu des gens qui
utilisent « de bonne facture » dans leurs phrases depuis ces trois derniers
siècles vous ? Ben moi oui, les journalistes en jeux vidéo. C’est
peut-être le domaine du journalisme qui comporte le plus d’expressions minables,
toutes sorties dès que l’occasion se présente pour se donner un style. « De
bonne facture » nan mais… Retourne donc jouer à ton jeu et puis ferme ta
gueule oui. Y en a une autre qu’est en train de devenir super hype c’est
« über ». C’est de l’allemand, ça veut dire « plus de ».
Sauf que là c’est ressorti à toutes les sauces pour faire bien, à tort et à
travers. « C’est un jeu sommes toutes assez classique mais avec ses über
possibilités blablabla » « des über sauts » « des über
graphismes ». Encore une occasion perdue de fermer leur « über »
clapet oui.
Tiens et puis pour finir faudrait dire aux gens que
« noir » c’est pas un gros mot. Pour désigner la couleur de peau,
noire, y en a pas un qui le dit, comme si c’était tabou. On a du
« black » ou même du « re-noi » mais « noir » nan,
ça pique la bouche peut-être ? On peut pas dire « noir » sinon
on meurt dans d’atroces souffrances ? Comment vous expliquez que
« noir » soit bannis du langage d’aujourd’hui pour désigner la
couleur de peau ? C’est « négro » qui devrait l’être, pas
« noir », c’est comme si les gens faisaient un bug collectif dans
leur façon de parler. Tiens pis j’en ais encore une d’expression à la con :
« j’avoue ». Tu parles à un type et quoique tu dises il te réponds
« j’avoue ». Hé tu vas bien ? « J’avoue. » Ho la vache
il était bien ce film ! « J’avoue. » Tu me passes le sel ?
« J’avoue. » Si tu me dis encore une fois « j’avoue » je
vais te faire subir des choses qui feront que c’est moi qui vais devoir les
avouer à la police… « J’av… Euh… Merde qu’est-ce que je pourrais bien dire
alors ? J’ai pas assez de vocabulaire. » Et ces fils de chiens qui
passent leur temps à finir leurs phrases par « Ou pas. », y méritent
pas mal de souffrance eux aussi. Ca va ? « Ouais... ou pas. » Tu
penses quoi de la Martinique alors ? « C’est vachement bien… ou
pas. ». HAAAAAAAA je rêve d’encastrer le pif d’un de ces mecs dans le mur,
pauvres merdes qu’ils sont. Rhaaaa il y a tellement de choses à relever
qu’un seul article n’est pas suffisant, un des ces quatre vous aurez la suite.
Et je vous emmerde.