13 décembre 2007
[Les chroniques de l'impossible] Mon passé de génie du crime
A 10, 11 ans on commence sérieusement à s’intéresser au sexe, en tout cas moi c’était à cet âge. Et à cet âge on est encore un enfant alors autant dire qu’il faut faire attention à ne pas se faire gauler en train de mater des trucs cochons par des adultes sinon on se fait sérieusement engueuler et c’est la honte à vie. A mon époque y avait pas encore internet alors fallait déborder d’audace et d’ingéniosité pour obtenir le saint graal, à savoir quelque chose de sexuel, un magazine de charme par exemple (voir beaucoup plus éloquent que charmant). Je me souviens avoir été acheter avec une personne de mon âge, dont je préserverai l’anonymat, un de ces magazines où y avait des bonnes femmes à poil ou presque, Newlook. On était partis à la librairie de la gare, relativement loin de chez nous, dans ce but unique et précis de récupérer le canard, en se donnant du courage pendant tout le trajet. Une fois dans la librairie on a attendu quelques minutes histoire qu’il y ait le moins de gens possible, et puis on s’est emparé de la revue posée tout en haut de l’étalage, nos coeurs battaient tellement fort qu’ils auraient pu exploser nos cages thoraciques. On aurait pu le chourer mais là c’était obligé, on allait se faire prendre. Du coup on pose le mag’ sur le comptoir, prêt à dégager à toute vitesse en se faisant engueuler par le gérant, mais miracle il nous vend le truc, je me demande encore aujourd’hui s’il a vu ce que c’était. Une fois sortis on regardait partout voir si on avait pas été suivi, comme si on venait de commettre un crime effroyable. On osait à peine ouvrir la revue, comme ça, en public. On l’a tout de même suffisamment entre ouverte pour obtenir un numéro de téléphone rose qui ornait une publicité avec une sorte de pute en photo. Il se trouvait que j’avais une carte téléphonique et qu’à la gare y avait des cabines téléphoniques… Ni une ni deux on y va, à deux dans la cabine, en train de numéroter. On regardait vraiment partout autour de nous, on avait l’impression que des hélicoptères allaient débarquer avec des mecs du GIGN qu’auraient sautés tout flingues dehors en nous disant de reposer ce téléphone et de sortir les mains sur la tête bande de cons. Trop les boules. Parmi les mots répétés régulièrement par ce qu’il y avait à l’autre bout du fil il y avait « si vous n’êtes pas majeur veuillez raccrocher ». Nous on a raccroché. C’est bon j’voulais pas finir en taule, ma mère aurait dit quoi ?
La période qui a suivi avec ce magazine était aussi pleine d’adrénaline. Déjà fallait une bonne planque, en général ça finissait derrière un meuble, parce que les adultes n’auraient jamais bougés ce meuble ni eu de raison de regarder derrière et que nous avec nos petits bras de garçonnet on pouvait le récupérer facile, le magazine. Cette sensation d’être un grand brigand me poursuivait toujours, et c’était pas fini. Y avait les séances de lecture, avec les potes bien sûr. Une fois je me souviens qu’on regardait le torchon à deux et que ma tante est passé dans la pièce à ce moment, on l’avait pas entendu arriver, j’ai balancé le magazine en l’air comme un abruti alors que jamais elle n’aurait pu soupçonné qu’on matait des femmes à poils sans ça. Résultat elle m’a demandé « tu regardes un magazine cochon ? » moi j’ai dis « non » (mon visage devait avoir la couleur d’un cul de singe). Et puis elle est partie sans rien vérifier, ouf. Ceci dit fallait réfléchir vite, comment trouver la parade si elle balançait tout à ma mère ? J’ai décidé de prendre les devants, j’suis allez voir ma mère innocemment en glissant lors d’une conversation que je regardais le programme télé quand la tante est arrivée, je l’avais pas entendu alors moi j’ai sursauté en jetant le magazine comme un dingue aahahah elle a cru que je regardais un truc cochon ahahahaha. C’est passé. Du moins je n’en ais jamais entendu reparler. Toujours est-il que cet objet du diable, tout aussi plaisant à tourner les pages soit-il, était une grande source de paranoïa. Je flippais chaque jour qui passait de me faire gauler, j’ai donc décidé d’éliminer les preuves. Le Newlook ont l’a brûlé dans une cour, à l’abris des regards, un après midi. Les restes on les a foutu dans un sachet plastique, le sachet plastique on l’a jeté sur un bord de rivière. Impossible de remonter jusqu’à nous. Rassurez-vous j’avais tout de même arraché les pages les plus intéressantes que j’ai scotché à l’intérieur d’un magazine de jeux vidéo, là où aucun adulte de mon entourage n’irait coller son nez. Un putain de génie du crime, j’aurais pu finir parrain de la Mafia. Et je ne vous raconte pas le jour où un pote a ramené à l’école un jeu de cartes avec des femmes à poil dessus, ou encore quand je matais le journal du hard et le film qui suivait en douce alors que mes parents débarquèrent dans le salon comme ça, en pleine nuit. Jamais j’ai été pris sur le fait, jamais. Un vrai génie du crime je vous dit.
Et je vous emmerde.


