Petits meurtres entre internautes

J'ai tué le temps, vous êtes complices.

20 novembre 2007

[Les chroniques de l'impossible] Les dentiers volants

Quand les beaux jours arrivent j’aime bien sortir me promener, à pieds, à droite à gauche. Pas spécialement parce que c’est agréable (je ne suis pas humain, ce qui est agréable m’est égal) mais parce qu’il y a plein de gens et quand y a plein de gens y a forcément de quoi ramener des anecdotes. Et les anecdotes ça me permet de faire cracher ma plume à défaut d’écraser mon poing dans la gueule d’innocents. A l’heure où j’écris ces lignes je viens de rentrer d’une balade, à un moment je marchais derrière des petits vieux. Les discussions de petits vieux entre eux m’ont toujours étonné, ça parle toujours de santé. Ca se demande comment ça va les varices, les intestins, les boyaux, l’arthrite, ça se dit que tel monsieur est mort, que madame truc a un cancer… Mais tout ça avec un vocabulaire très approprié, très technique, le vieillard ça a un vocabulaire médical plus riche qu’un infirmier. Etre vieux c’est flirter inévitablement avec la mort et entre eux, quand personne d’autre n’est là pour les faire chier, ces gens là ne font qu’en parler. J’me suis toujours demandé de quoi j’allais parler à cet âge si je l’atteins un jour. J’aurais probablement toujours les mêmes passions, sinon ça ne serait pas des passions, mais merde parler de mon arthrite sans cesse… J’préférerai crever que de devenir souffreteux au point de me sentir obligé d’en parler chaque jour qui passe. No future. D’ailleurs cette devise, « no future », ce sont toujours des jeunes qui l’emploie ou la vive alors qu’elle correspond plus que jamais à l’état d’esprit d’un vieux croûton. Qui d’autres qu’un papy ou qu’une mamie ne peut avoir plus envie de vivre uniquement le présent sans jamais penser au futur ? Je suis assez surpris de ne jamais avoir entendu parler de gangs de vieux du coup. « Les dentiers volants » par exemple, qui terroriseraient les habitants du quartier, violeraient les pucelles, tabasseraient les mecs, braqueraient des banques, se drogueraient avec tout ce qui existe, casseraient les vitrines des magasins avec leurs redoutables cannes… Ils laisseraient une odeur de formol après chacun de leur passage... Et de la bave, parce qu’un petit vieux ça bave. Y s’en foutent de tout ils vont crever, ils n’ont plus qu’à se servir de la vie comme d’un supermarché géant sans rien craindre, même pas la mort puisque de toutes façons inévitable, même pas la prison puisque de toutes façons ils vont crever d’ici peu. Ca serait le pire fléau que la terre n’ait jamais porté, personne ne pourrait rien y faire. Au lieu de ça ça s’habille avec des rideaux et du velours côtelé et ça parle de rhumatismes… Aucune classe. Le seul et unique signe extérieur d’une personne âgée pour dire « nique la vie » c’est sa coupe de cheveux, surtout chez les grand-mères. Avoir les tiffs bleu, vert ou rouge c’est quand même un signe de rébellion, on dira ce qu’on voudra.

Et je vous emmerde.

K.mi a bien niqué le temps à 00:34 - Les chroniques de l'impossible - Permalien [#]