Petits meurtres entre internautes

J'ai tué le temps, vous êtes complices.

23 octobre 2007

[Les chroniques de l'impossible] Statistiques

policeQuand je sors la nuit, je me fais souvent contrôler par les flics. J’dirais même qu’à chaque fois que je croise une bagnole de flics la nuit j’ai le droit à un contrôle d’identité. Même quand c’est pas une bagnole de flics d’ailleurs, l’autre jour c’est des poulets en civils qui se sont arrêtés à mon niveau (en enfilant le brassard orange, la BAC) et qui sont venus me demander si j’avais des armes blanches sur moi ou des substances illicites avant de me fouiller pour voir si je ne mentais pas. J’avais seulement un appareil photo numérique, ces cons là m’ont demandés durant de longues minutes si j’avais la facture de l’objet. Genre tu te balades tout le temps avec la facture détaillée de chaque objet que t’as sur toi, c’est d’une logique implacable. A chaque contrôle j’ai l’impression d’être un criminel en série, si je l’étais je me dirai qu’ils le sentent mais je ne suis même pas un petit délinquant. J’peux même pas les accuser de racisme vu que la plupart du temps ils ont la même couleur de peau que moi… Une fois j’ai fais partir mes amis les bleus en rigolant, faut dire que j’avais un slip dans l’une de mes poches. Le képi au moment de la fouille me demande ce que j’ai dans la poche, j’y réponds « ben, un slip ! ». Ils ont tous éclatés de rire, puis sont partis. C’était le contrôle le plus agréable de ma vie. Y a même l’un d’entre eux qui a dit quelque chose comme « j’espère que c’est le votre au moins ahahahaha ». J’aurais bien répondu que c’était celui de sa mère mais l’ambiance était bonne, fallait pas la gâcher.

 Ma première confrontation avec la maison poulaga remonte à assez loin, j’avais 11 ans. Je m’en souviens bien car ça correspond à la même journée que mon premier roulage de pelle. J’habitais un petit quartier HLM comme il en existe plein en France, je traînais avec une fille de ma classe qui habitait dans la tour à 500 mètres de chez moi, un copain, et une autre copine, tous de mon âge. On a lancé l’idée de jouer à ce jeu à la mode à l’époque et qui doit toujours faire fureur chez les ados « action ou vérité ». Tu réponds à une question souvent embarrassante (en disant la vérité vraie) ou tu accomplis une action choisie par les autres. On avait décidé de faire ce jeu sur le toit du gymnase du quartier, pour n’être emmerdé par personne. On a donc tous choisie « action » à chaque fois et les deux garçons que nous étions ont roulés plusieurs pelles aux deux filles qu’elles étaient. C’était mes premières galoches donc, forcément je disais que je l’avais déjà fait plusieurs fois pour pas passer pour un branque à côté du copain qui avait déjà la réputation d’être un sacré lascar (si ça se trouve il mentait aussi ce con). Une petite vieille qui passait par là nous avait gaulé et exigeait que l’on descende de là. On l’a envoyé chier. Peu de temps après une patrouille de police a débarqué (la vieille peau avait du cafter, je vous rassure on ne l’a pas maltraité par la suite, juré). Forcément on est descendu et on s’est barrés sans faire d’histoire prétextant un « on a perdu notre ballon m’sieur ». Ma première opposition avec les flics fallait que ça soit pour interrompre mes premiers jeux de langue, à croire que c’était un message pour mon avenir du genre « mon pote, ces types en uniforme vont te faire chier un bon bout de temps ».

Je me souviens d’une fois où un gars m’a dis que si je me faisais souvent contrôler c’était une histoire de statistique, « les gens qui s’habillent comme toi sont souvent des délinquants, c’est une statistique établie par la police ». Pour votre information je porte des habits larges, mais rien de bien barbare hein, pas de grosses marques tapageuses ni rien, pas de casquettes, j’ai même des pulls en laine et tout, c’est pour dire. Mouais, admettons tout de même. Seulement il s’avère que je n’ai jamais fais de mal à une mouche (sauf quand j’étais petit et que je leur arrachais les ailes) ou alors pas trop, je bois très rarement d’alcool, je ne fume pas (quoique ce soit), je déteste les armes et je ne suis pas un voleur. Leurs statistiques sont faussées. Mes statistiques à moi me disent que si je croise des flics la nuit on va me contrôler. Mes statistiques sont donc meilleures que celles des flics.

Et je vous emmerde.


 

K.mi a bien niqué le temps à 19:16 - Les chroniques de l'impossible - Permalien [#]